Le salon

Édition 2026

Édition 2026

48ème édition du Livre sur la Place - Du 11 au 13 septembre 2026 - Place de la Carrière

48ème édition du Livre sur la Place - Du 11 au 13 septembre 2026 - Place de la Carrière

Élie Barnavi et Elias Sanbar, présidents

C’est à la Comédie du Livre de Montpellier, festival ami, que je les ai rencontrés et que j’ai eu envie de poursuivre à Nancy la conversation entamée à Montpellier.
Cette présidence est donc placée sous le signe du dialogue et de l’amitié entre nos Festivals, entre nos villes et entre ces deux hommes Elias Sanbar et Élie Barnavi.

SARAH POLACCI

L’essayiste, poète et auteur de nombreux ouvrages, ancien ambassadeur palestinien auprès de l’Unesco, engagé dans le mouvement national palestinien, Elias Sanbar est aussi le grand traducteur de l’oeuvre du poète Mahmoud Darwich.

L’historien, professeur émérite d’histoire de l’Occident moderne à l’université de Tel-Aviv, Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 2025, a reçu le grand prix de la francophonie de l’Académie française en 2007 pour l’ensemble de son oeuvre.

Dans le cadre de leur présidence, l’historien israélien et l’intellectuel palestinien évoqueront leurs dictionnaires amoureux qu’ils ont publiés cette année et dialogueront avec le grand écrivain Colum McCann. Ils confronteront leurs désaccords et leurs inquiétudes face à la situation géopolitique et au conflit israélo-palestinien, mais aussi et surtout, ils nous diront leur amour indéfectible pour leur pays. Un amour qui les conduit à privilégier l’écoute et le dialogue entre les peuples.

Élie Barnavi, Dictionnaire amoureux d'Israël (Plon)
Elias Sanbar, Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine (Plon)

Le monde semble parfois vaciller sous le poids des guerres, des exils, des fractures démocratiques, des bouleversements climatiques. Les certitudes se fissurent, les frontières se déplacent, les paysages changent. Pourtant, au coeur même de ces secousses, quelque chose continue de s'inventer. Car si les écrivains recueillent les blessures du temps, ils savent aussi y déceler ce qui naît, ce qui résiste, ce qui ouvre des chemins inattendus.

C'est précisément cette littérature en mouvement que célèbre Le Livre sur la Place. À Nancy, les langues, les histoires, les mémoires et les récits venus d'ici et d'ailleurs se rencontrent et dialoguent. Les livres traversent les continents avec la même liberté qu'ils franchissent les frontières de nos imaginaires.
Cette 48e édition aura l'immense privilège d'être coprésidée par Elias Sanbar et Élie Barnavi. Deux grandes figures de la pensée, du dialogue et de la transmission, dont les parcours disent combien les livres peuvent tenir tête à la fatalité.

Car les crises ne produisent pas seulement le fracas. Elles déplacent les regards, elles bousculent les récits établis, elles obligent les écrivains à inventer d'autres formes, d'autres manières de dire le monde. Elles font surgir des solidarités nouvelles, des imaginaires inédits, des oeuvres qui élargissent notre horizon quand tout semble vouloir le rétrécir. La littérature ne console pas toujours. Mais elle éclaire, elle questionne, elle déplace. Elle nous apprend à accueillir la complexité sans renoncer à l'espérance.

Tout au long de ce week-end, Nancy deviendra une fois encore une capitale ouverte sur le monde. Sous le grand chapiteau comme dans les médiathèques, les écoles, les hôpitaux, les quartiers et les lieux partenaires de la métropole, les auteurs iront à la rencontre de tous les publics.

Que cette nouvelle édition soit fidèle à ce que la littérature offre de plus précieux : la liberté de penser, le courage d'écouter l'autre, la force d'inventer demain. Puisse-t-elle nous rappeler que, même dans les temps les plus incertains, les histoires que nous partageons demeurent l'une de nos plus grandes ressources.

Bonne lecture, belles rencontres, et beau voyage au coeur du monde.

Mathieu Klein
Maire de Nancy
Président de la Métropole du Grand Nancy

Bertrand Masson
Adjoint délégué à la Culture, au Patrimoine culturel
et à l’Éducation populaire

Cette invitation est pour nous un honneur et un singulier privilège. Censés représenter des peuples ennemis, ayant même exercé chacun des fonctions officielles à leur service, quel puissant symbole que de se trouver unis dans la présidence commune d’un grand festival littéraire !

Et quel heureux alignement d’astres. Le hasard – gentiment orienté par l’éditeur – de la publication simultanée de deux livres qui traitent en miroir d’un même thème ; deux auteurs qui portent le même prénom, ont à peu près le même âge, et cultivent une amitié ancienne que les vicissitudes et les malheurs de l’Histoire ont été impuissants à ébranler ; deux hommes qui ont parcouru des chemins parallèles, ont vécu du mieux qu’ils ont pu le grand écart entre la réflexion intellectuelle et l’action politique ; et ce festival de Nancy dont les organisateurs ont été assez bons, et, soyons immodestes, assez avisés de leur offrir une scène prestigieuse entre toutes.

Que cette scène soit littéraire, voilà qui n’est pas indifférent. Pas seulement parce que nous aimons tous deux la littérature, que nous nous en nourrissons, que l’écrit – l’écrit soutenu, réfléchi, et oui, littéraire – est notre moyen privilégié de communiquer avec nos semblables. Mais aussi parce que nous sommes enfants d’une terre profondément, irrémédiablement littéraire. La Bible, l’Évangile et le Coran sont des textes littéraires. Le nom hébraïque de la Bible et le Coran ont la même racine, qui veut dire « lire ». Enlevez cette racine-là, et plus rien n’y existe, plus rien n’y a de sens. On se bat ailleurs pour du territoire, des ressources ou des mythes ; il n’y a que là-bas, en Terre sainte, qu’on se batte pour la signification et la véracité de textes littéraires.

Mais la guerre des livres n’est pas une fatalité. Ces mêmes textes enseignent aussi la tolérance, l’humanité partagée, la vertu suprême de la paix. Il faut apprendre à les lire. L’Écriture, a proclamé un pamphlet du temps des guerres de religion françaises, est couteau de fripière, qui tranche des deux côtés. À nous d’apprendre à lui faire trancher du bon côté.

Au coeur des livres de cette rentrée, il y a des batailles, des orages, des rires, des pianos, mais aussi le bruit du vent, des vagues et le battement des ailes des oiseaux. On se parle, on s’aime, on se quitte avec fracas. Il y a des embouteillages, des repas de famille... Et puis il y a les guerres, les violences, le feu et les larmes. C’est dans ces urgences que naît la littérature, car les écrivains sont là pour faire entendre celles et ceux qui n’ont plus les mots. Si elle dit les naissances et les mariages, les disputes et les réconciliations, si elle nous permet de gravir des montagnes, elle fait aussi entendre les silences insupportables des prisonniers du monde entier. Elle est l’écho des enfances abîmées, des femmes violentées et des peuples humiliés. Enfin elle porte très haut la voix étouffée de la Terre. Les incendies de cet été nous obligent à l’entendre et la littérature hurle aussi au nom de la planète.
Nos festivals doivent être ces lieux qui accueillent les joies mais aussi les souffrances. Ils doivent se tenir au même endroit que les écrivains, à côté des femmes et des hommes silencieux qui ne supportent leur vie que par le souvenir de leur liberté et l’espoir de son retour. Ils doivent être les coeurs battants de tous les « ici » du monde. C’est pourquoi Le Livre sur la Place, cette année encore, fera du bruit, car il va faire entendre des voix dans leur diversité. Les inquiétudes, les colères et les injustices y seront débattues, l’Histoire nous permettra de mieux comprendre le monde et la science nous éclairera sur les enjeux sociétaux et environnementaux. Mais, comme c’est aussi une fête et que nous ne devons pas perdre la joie et le rire, il nous fera vibrer par les lectures et les concerts, et même danser aux côtés de nos enfants lors de leur boum de clôture.

La littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d’exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.

C’est en ces termes que J.M.G. Le Clézio évoquait la littérature lors de son discours de réception du Prix Nobel. C’est cette même conviction qui nous anime quand nous nous battons pour que nos festivals et nos librairies continuent d’exister dans un contexte si difficile. Une conviction qui a guidé la programmation de la 48e édition du Livre sur la Place. Pendant trois jours, nous vous démontrerons que la littérature a le pouvoir de faire entendre toutes les voix. Il est donc urgent de la défendre à tout prix.

Bon festival.

Sarah Polacci
Commissaire générale du Livre sur la Place